Traduction du texte de Madame Marleen Evenepoel, Administrateur général de l’ANB, Agence pour la Nature et la Forêt en Région flamande. Le texte original est consultable dans la partie néerlandophone du site.

Comme si le purgatoire avait léché Notre-Dame… Des images de fin du monde.  Ce sont  des centaines d’années d’histoire qui ont été dévorées par les flammes en même temps que la charpente  en bois et la flèche majestueuse. D’après les estimations, pas moins de 1.300 chênes matures ont été  nécessaires pour la construction. Fin de l’histoire, place à  l’acier ?

La tâche ne sera pas facile : trouver du soutien chez les amoureux de la nature pour une reconstruction en bois. Même s’il y a la dimension historique de la construction en bois.

Impossible de faire de Notre-Dame une nouvelle tour Eiffel quand même ? C’est une discussion à mener entre historiens et architectes. Ce qui est sûr : la contribution des chênes de Notre-Dame  à  la nature et  à la culture, elle est pour l’éternité. C’est maintenant qu’est lancé l’appel à une nouvelle génération d’arbres. Mais est-ce que ce serait un péché capital au niveau écologique que d’abattre l’équivalent d’une grande forêt de chênes  pour construire une nouvelle charpente ? Sur le plan émotionnel, cela nous parait difficile, mais l’expertise au niveau de la gestion de la nature nous assure que c’est bien possible.

Des alternatives en abondance ?

Car tout le monde le sait : afin de limiter  le réchauffement climatique, il faut augmenter  le stockage de CO2 et réduire les émissions. Dans nos régions  tempérées,  parmi toutes les plantes, ce sont les arbres qui sont  les meilleurs capteurs de dioxyde de carbone pour le convertir en biomasse. Et les forêts sont dans ce cadre  de vrais maîtres. Pourquoi donc abattre des arbres pour la production de bois ? La pierre, le ciment, le béton, l’acier : les alternatives sont nombreuses. Mais ce qu’on oublie souvent de mentionner, c’est l’empreinte carbone  importante de ces matériaux.

Ce n’est pas pour mettre des bâtons dans les roues

Il faut nuancer ici. Nous abattons des arbres, mais uniquement pour des raisons justifiées. Une de ces raisons est le rajeunissement d’une forêt. Nous ne touchons pas aux jeunes arbres. Nous visons  les plus vieux sujets.  Pourquoi ? Parce que leur capacité de stockage de CO2 est plus faible, en sachant que ce niveau est au plus haut autour de l’âge de cent ans. Voilà pourquoi nous abattons parfois des vieux arbres. Nous replantons alors de nouveaux arbres qui optimalisent à leur tour la captation  de CO2, ce qui est favorable pour notre climat et notre nature. Car c’est bien l’objectif principal de  l’Administration pour la Nature et la Forêt (ANB) : une nature plus importante et toujours meilleure. Toujours.

 Ce serait regrettable de perdre le vieil arbre pour rien. Pire encore, ce serait extrêmement bête. Si au contraire nous utilisons son bois pour des constructions magnifiques telles que Notre-Dame, le CO2 restera alors stocké pendant des décennies. Pour rappel : la charpente en chêne de Notre-Dame a tenu pas moins de 800 ans. 800  ans de stockage pour des tonnes de dioxyde de carbone. Il y a 800  ans des arbres furent abattus pour donner place à d’autres. Et ces derniers ont entre-temps capté une quantité importante  de CO2.

Le bois dans toute sa gloire

D’ailleurs, nous ne nous arrêtons jamais à chercher d’autres solutions au profit de la nature. Du vieux bois peut être réutilisé dans la fabrication de meubles ou de grandes maisons. Une solution écologique, car – comparé aux matériaux de construction classiques – la transformation du bois nécessite beaucoup moins d’énergie. En plus, nous réduisons ainsi le nombre de substances nocives. Que des avantages donc, tant pour nous que pour la nature. Et c’est pour cela que nous le faisons.

C’est pourquoi nous suggérons donc une véritable copie originale de Notre-Dame. Une reconstruction en bois dans toute sa gloire. Mais une version résistante au feu, comme pour  la cathédrale des Saints Michel et Gudule. La meilleure solution et la plus écologique  – à condition que le bos utilisé provienne de forêts gérées de manière réfléchie et planifiée. En outre : la charpente  en bois ne porte pas pour rien le surnom de ‘la forêt’. Une indication à ne pas nier !