Diversité et inclusion dans la filière forêt-bois

Formation, emploi, recrutement… Pas simple de trouver et de fidéliser du personnel. Si le sujet n’a rien de tabou, il n’en va pas de même en matière de diversité dans nos secteurs. Pourtant, l’inclusion, que ce soit des femmes, des personnes porteuses d’un handicap ou de toute autre forme de différence, présente un réel potentiel en ces temps de pénurie de main-d’œuvre.

Selon les derniers chiffres sectoriels disponibles, datant de 2021, l’emploi en commission paritaire 125 est pratiquement exclusivement masculin. Les femmes ne représentent que 1% des travailleurs en SCP 125.01 (exploitation forestière), 2% en SCP 125.02 (scierie) et 3% en SCP 125.03 (négoce de bois). Si l’écart salarial sur la base du salaire horaire n’est pas disponible par sous-commission paritaire, il en ressort toutefois que pour l’ensemble de la CP 125, en moyenne, les femmes gagnent plus que les hommes.

En ce qui concerne la situation de handicap, le pourcentage de travailleurs porteurs d’un handicap est plus élevé en CP 125 que la moyenne nationale des salariés tous secteurs confondus. Les chiffres sont de respectivement 2,5% en SCP 125.01, 2,1% en SCP 125.02 et 2,3% en SCP 125.03, contre 1,7% en moyenne nationale.

 

La place du handicap dans la commission paritaire 125

 

La diversité et l’inclusion vues par quelques entreprises membres

Pour Fruytier Group (Marloie), l’activité de scierie comporte certains risques, mais elle offre aussi un réel potentiel d’inclusion. L’intégration de personnes en situation de handicap, ainsi que de profils issus de langues ou de nationalités différentes, constitue une opportunité concrète pour le secteur, tout en apportant une plus-value sociétale à des personnes souvent laissées de côté. Certaines tâches répétitives, pour lesquelles il est parfois difficile de recruter ou de fidéliser, peuvent parfaitement correspondre à des profils spécifiques désireux de travailler. Le caractère bruyant d’une scierie n’est pas nécessairement un obstacle : des personnes sourdes peuvent, par exemple, s’y intégrer efficacement grâce à l’utilisation de consignes visuelles. La principale barrière reste souvent liée aux mentalités. Si une partie du personnel est déjà ouverte à cette diversité, une évolution des perceptions reste nécessaire, de même que des adaptations des lieux et de l’organisation du travail. Cette démarche ne relève pas de l’opportunisme. Elle ne découle pas d’une difficulté à recruter, mais d’une volonté d’inclure davantage de personnes exclues du marché de l’emploi. Indirectement, des collaborations existent déjà avec des ateliers protégés pour certains services comme les vêtements de travail, la fabrication de palettes… Si d’autres entreprises y parviennent, il n’y a pas de raison de ne pas aller plus loin. Cette évolution demandera du temps en amont, mais elle s’inscrit dans une vision à long terme. Enfin, la capacité à produire localement donne l’opportunité d’intégrer un maximum de personnes au sein des sites indélocalisables, en dehors de grands centres urbains, et de jouer donc un rôle concret dans l’économie, avec un ancrage et un rayonnement local renforcés.

Marc Decock, responsable de la filiale de Schoten de Martens Hout, explique que la diversité et la mixité sont une réalité de terrain au sein des équipes du négoce de bois. Via la formation en alternance, nous donnons la chance à des jeunes qui rencontrent des difficultés via les circuits classiques d’accéder à un emploi. Nous avons par exemple plusieurs autistes dans l’équipe depuis plus de quatorze ans. C’est un réel win-win. D’une part, parce qu’il s’agit souvent de travailleurs motivés et, d’autre part, parce qu’il n’est pas toujours simple de trouver des travailleurs intéressés par des tâches répétitives. Toutes les expériences ne se sont pas soldées par un succès mais, de mon expérience, cela vaut la peine d’investir de l’énergie et du temps dans des travailleurs qui présentent une différence. Eux aussi ont des atouts à faire valoir, que d’autres travailleurs n’ont pas nécessairement. Personne n’est ‘normal’ à 100 %, osons leur donner une chance.

Mathieu Donche du négoce de bois DK Bois Services (Dottignies), a déjà collaboré à deux reprises avec un centre de formation et d’insertion socioprofessionnelle adapté (CFISPA) pour l’engagement de personnel en situation de handicap. Dans le contexte actuel, c’est un moyen efficace d’engager du personnel volontaire, courageux et extrêmement motivé. Après un stage en entreprise concluant, nous avons proposé CDD et CDI. Selon les profils, quelques aménagements ont été convenus. Tout le monde est gagnant. De notre côté, ces engagements ne sont pas plus lourds d’un point de vue administratif, l’accompagnement par les structures spécialisées est qualitatif et nous bénéficions également d’aides en fonction du degré de handicap. Je ne peux qu’encourager les collègues à envisager de tels recrutements.

 

 

Justine, future bûcheronne

“Logopède de formation, je me suis rendu compte que le secteur social ne me correspondait pas pour une carrière à long terme. Ayant toujours souhaité exercer un métier dans lequel je me sentirais utile, j’ai entamé une reconversion en tant qu’agent technique nature et forêt, une formation de trois ans suivie en promotion sociale à La Reid (Theux). Vu les difficultés d’entrer au DNF, je me suis lancée dans une formation en bûcheronnage pour maintenir mes acquis et diversifier mes compétences dans le monde forestier. J’ai choisi le bûcheronnage par passion, pour le travail à la main, la possibilité de sélectionner les arbres, d’intervenir directement sur les peuplements, et de contribuer à une gestion la plus naturelle possible.

Justine Pierre, future bûcheronne

Justine Pierre.

 

Lors de mon travail de fin d’études, j’ai compris que le travail manuel me parlait énormément. J’ai été orientée très tôt vers des études intellectuelles, alors que le travail manuel m’apporte aujourd’hui un réel équilibre, tant sur le plan mental que physique. C’est très valorisant. Et le bûcheronnage manuel m’apparaît comme une pratique appelée à conserver une place importante dans l’avenir du secteur forestier.

Toute une génération a été encouragée à poursuivre des études longues, parfois au détriment de métiers essentiels et valorisants. Les métiers forestiers offrent un réel plaisir à leur réalisation, un contact direct avec la nature, et peuvent aussi être financièrement intéressants. Ils sont indispensables à notre société et méritent d’être mieux reconnus.

Mes débuts en formation se sont vraiment très bien passés. Je me sens réellement soutenue et estime avoir énormément de chance d’être tombée sur une équipe éducative aussi humaine et motivante. L’ambiance est excellente, le groupe est soudé, il y a beaucoup d’entraide, d’humour et une belle dynamique collective. Le fait d’être un petit groupe est un énorme avantage : les formateurs sont très présents sur le terrain, prennent le temps d’expliquer, et adaptent leur
accompagnement au niveau de chacun. Cela permet des apprentissages différenciés, ce qui est très appréciable étant donné l’hétérogénéité des parcours. En neuf mois, nous avons l’opportunité d’apprendre de nombreuses techniques, et les stages vont clairement contribuer à la montée en compétences. L’équilibre entre théorie et pratique me semble très pertinent. Bien sûr, c’est surtout l’expérience en entreprise qui permettra de perfectionner la pratique, mais je pense que cette formation offre une excellente base.

Originaire de la province de Liège, j’aimerais à terme m’installer en Ardenne, où les opportunités dans le secteur forestier sont plus nombreuses. À court terme, mon objectif est de travailler dans une entreprise, afin de continuer à apprendre et à affiner mes compétences. À moyen terme, entre 5 et 10 ans, j’envisage éventuellement de créer ma propre entreprise, axée sur une gestion durable, respectueuse de la biodiversité.

Femme dans un milieu majoritairement masculin

C’est une question que je me posais au départ. Dans le milieu forestier en général, les choses ont déjà bien évolué et la présence des femmes est de plus en plus normale. Toutefois, le bûcheronnage est encore un pas supplémentaire dans un univers très masculin, mais jusque-là, cela se passe très bien. Certaines qualités, souvent attribuées aux femmes, comme la minutie ou l’observation, sont reconnues et appréciées.

Physiquement, il faut évidemment s’adapter, mais je pense que les compétences sont complémentaires. Mon inquiétude concerne davantage le monde de l’entreprise, où il faut parfois encore faire ses preuves davantage qu’un homme. Cela dit, les mentalités évoluent, et il ne faut surtout pas que cela constitue un frein pour une femme qui souhaite se lancer. Exercer un métier encore perçu comme masculin donne une dimension particulière à ce parcours : si cela pouvait
contribuer, à mon échelle, à montrer que c’est accessible et encourager d’autres jeunes filles à oser se lancer, alors j’en tirerais une grande fierté.

En tout cas, merci au Centre de compétence Forem Wallonie Bois et au CFPPA de Saint-Laurent (France) pour cette opportunité !”

 

 

Florian, conducteur porteur-débusqueur autiste

Très jeune, Florian a été diagnostiqué autiste. Il n’a commencé à parler que vers l’âge de 6 ans et a perdu sa maman trois ans plus tard. Malgré toutes les difficultés rencontrées, son papa, Didier, s’est battu contre vents et marées pour permettre à son fils de suivre des études et de devenir autonome. C’est naturellement avec fierté que Didier évoque le contrat de travail que vient de décrocher Florian après une formation de conducteur porteur-débusqueur suivie via le Centre de compétence Forem – Wallonie Bois au CFPPA de Saint-Laurent.

Florian Ryckbosch,conducteur porteur-débusqueur autiste

Florian Ryckbosch

 

Durant sa scolarité en enseignement spécialisé, Florian a suivi la filière horticole, qui répondait parfaitement à son envie d’évoluer dans la nature. J’aime les machines et travailler en extérieur, nous raconte-t-il, lui qui a grandi dans l’exploitation agricole familiale et a toujours aidé son papa, également dans son activité de bois de chauffage. Son expérience de terrain a immédiatement impressionné les formateurs, poursuit Justine Peeters, qui accompagne les stagiaires au Centre de compétence Forem – Wallonie Bois. Il connaissait tous les types d’huiles et leurs usages. Les formateurs ont également souligné son approche très minutieuse, son écoute et son respect scrupuleux des consignes de sécurité. Il prend le temps de faire les choses correctement. Ses empilements sont excellents. Florian a d’ailleurs été le meilleur élément de sa promotion, avec un degré d’acquisition des compétences entre 90 et 100 % !

Avec son caractère ‘très carré’, il y a parfois eu des tensions avec d’autres jeunes de sa promotion, mais Florian a progressivement trouvé ses marques et s’est fait sa place. Questionné sur les points positifs qu’il retient de sa formation, Florian évoque les exercices de conduite du porteur, les formateurs qui lui ont toujours tout bien expliqué et… la fête de fin de formation. Florian avait en effet promis de cuisiner des crêpes pour tout le monde (une première pour lui) et il a tenu parole.

Transformer la contrainte en positif

Florian est heureux et épanoui, commente son papa. Je le n’ai jamais vu râler pour partir en internat durant sa formation, il était toujours prêt la veille. Il a dû se prendre en main et peut être fier de lui car ce n’était pas simple de réussir un tel parcours. Lorsqu’il évolue dans un milieu peu connu ou maîtrisé, il peut rencontrer des difficultés s’il n’est pas en confiance. Mais si le cadre est bienveillant, qu’on est sensible à prendre le temps de lui expliquer les choses et de lui donner une chance, Florian nous montre qu’il est capable de beaucoup. Si je pouvais donner un conseil aux employeurs, je leur dirais de ne pas avoir peur de la différence. Nous avons beaucoup à apprendre des personnes différentes. Et si on leur donne leur chance, elles seront généralement beaucoup plus reconnaissantes et fiables que d’autres travailleurs.

Début mai, Florian a débuté sa carrière. Après un excellent stage, son maître de stage impressionné par son évolution lui a proposé un contrat de travail. Désormais, il assurera notamment la conduite de tracteurs, l’entretien de machines, des travaux d’élagage, des coupes de bois ou encore du broyage. Bonne continuation Florian !

 

 

Plus d’infos sur la diversité et l’inclusion

 

 

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